lundi 6 février 2012 

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De Seattle-OMC à Strasbourg-OTAN, la postérité d’une idée fausse

Ou comment, la légende des “contre-sommets" nuit à la politique et aux citoyens

samedi 4 avril 2009

Voilà environ dix ans maintenant, depuis ce qui s’était passé à Seattle en novembre 1999, que les sommets de chefs d’Etat sont tous émaillés d’émeutes, au point qu’après coup on se souvient plus des scènes de combats de rue que de l’ordre du jour du sommet et du résultat des négociations. Comment faire comprendre aux militants sérieux que ces happenings de "contre-sommets" non seulement ne servent à rien, mais contribuent à annihiler les efforts qu’ils font le reste du temps ?


C’est devenu un rituel : un sommet de chef d’Etat est annoncé en un endroit quelconque, aussitôt rendez-vous est pris pour un "contre-sommet". A la date annoncée le sommet a bien lieu, derrière des cordons de protections policières invraisemblables ; le "contre-sommet" a lieu lui aussi ; dans un coin des organisations qui tiennent des conférences et de l’autre une grande masse qui campe et s’apprête à défiler. Mais venus de partout, des gens qu’on ne peut appeler que casseurs arrivent, et, d’échauffourées en batailles rangées, puis interpellations, cela finit toujours en émeutes et très vite on ne parle presque plus que de ça.

L’erreur de Seattle

Toute cette affaire part d’une erreur complète d’interprétation sur les raisons de l’échec de la conférence interministérielle de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) à Seattle en novembre 1999. Les négociations ayant échouées et, les rues de la ville ayant été la scène de grandes manifestations, au point que le centre de conférence, où se tenait la conférence interministérielle, fut bloqué par la foule en colère, de nombreux commentateurs nous avaient expliqué, ou laissé entendre, que l’échec des négociations était dû à cette inédite manifestation.

Or, les rues de Seattle auraient-elles été paisibles et les couloirs des salles de conférence aussi, que les négociateurs n’auraient pas réussi à se mettre d’accord pour autant. Pourquoi ? Parce que pour la première fois lors de ce neuvième cycle de marchandage, les négociations n’allaient pouvoir être confidentielles car depuis de nombreux mois des citoyens en épiaient les préparatifs. Où qu’ils fussent, ils étaient devenus incontournables. Désormais nos as de la négociation seraient obligés de régulièrement rendre compte de leurs accords en préparation. Ce qui avait rendu les accords précédents possibles, c’était certes des négociations limitées à des secteurs précis, ainsi que la possibilité de négocier des exceptions, mais par-dessus tout, c’était le secret et la confidentialité qui permettaient de se mettre d’accord (mon textile contre l’accès à ton marché automobile, mes critères sociaux contre tes investissements, etc.). C’est parce qu’ils s’étaient tenus informés et en diffusant l’information, que les citoyens avaient bloqué les négociations, et en aucune façon, en aucune façon, parce que ce jour-là certains étaient descendus dans la rue.

Mais d’aucuns, ignorant les efforts des citoyens, depuis des mois, pour comprendre l’enjeu des négociations de Seattle, avaient cru que l’échec de celles-ci était dû à la rue, d’autres l’ont laissé croire. Et depuis les sommets suivants sont de plus en plus devenus des défouloirs pour des militants d’une autre espèce. Et notre civisme qui retrouvait des possibilités d’action à l’époque, s’est à nouveau fourvoyé depuis.

Notre échec annoncé face au sommet de Strasbourg, sauf si...

Pour le sommet de l’Otan à Strasbourg, nous avons échoué. Les cercles analysant les enjeux de la continuation de l’Otan et proposant des politiques alternatives sont trop peu nombreux et leur audience médiatique est infime. En tant que citoyens français nous avons encore plus échoué puisqu’à cette occasion notre pays retourne dans le commandement militaire intégré de l’Otan. Non seulement nous n’avons pas eu de référendum, seul légitime sur cette question et seul à même d’engendrer le grand débat politique qui eut permis à notre civisme de s’élever à la hauteur de l’enjeu, mais nous n’avons même pas eu un débat parlementaire digne de ce nom, ni un débat suffisant dans les médias.

Du coup, nous avons à Strasbourg d’un côté le Palais de la Musique et des Congrès où les chefs d’Etat mènent leurs discussions sans que nous soyons en mesure de leur demander des comptes, de l’autre le village autogéré du contre-sommet, avec ses conférences toujours légitimes, souvent intéressantes, mais surtout avec une grande masse qui attend la manifestation de samedi et qui est infiltrée par des individus dont le plaisir est d’aller défier la police, tout le monde connaît la suite : nos informations sont polluées par des images spectaculaires qui détruisent le calme nécessaire pour pouvoir faire de la politique.

La seule chose qui nous soit encore accessible, puisque nous n’empêcherons pas notre retour dans l’Otan, ni les casseurs de casser, ni les médias de répercuter ce qui se passe dans Strasbourg, c’est, pendant ces 48 ou 72 heures qui viennent, de marquer les événements qui se déroulent par un signe de notre désaccord, un signe avant-coureur de ce que bientôt la politique de notre pays changera de main et de direction quant à l’Otan.

Il s’agit de faire en sorte qu’une pétition (forcément sur l’internet vu le temps qu’il nous reste) fasse soudain un "carton" tel qu’elle vienne mettre une ombre sur la photo finale du sommet en rappelant que la France brisera la presque unanimité qui règne sur l’ambition d’hégémonie mondiale de cette alliance qui jadis ne devait être qu’une alliance de défense.

Un dispositif est lancé, il s’agit du forum du refus, maintenant il faut que chacun apporte sa contribution pour notre avenir commun. Personne ne le fera à notre place.



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